23 juin 2006

La classe aux quatres pieds gauches

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"Partir sans dire adieu". Une chanson de LSD qui parle à un mort par volonté, comme cette lettre qui a trainé un an sur mon pc et disait le pourquoi de mon départ. Je l'avais rédigée en janvier ou février en vue d'un été qui devait être le dernier. Puis l'eau a coulé, les rivières se sont asséchées, la neige est arrivée. Un an plus tard je suis toujours là sans plus y penser jamais.

Le geste me ressemble peut être pour son romantisme possible, par son côté absolu, par l'impossibilité à entrer dans la vie qu'il traduit. Le geste me ressemble trés peu car il me manque la même force qui en demi fond m'empêchait de me dépasser totalement, d'aller au bout du bout quand le souffle est court. Le geste ne me ressemble plus car j'ai envie d'entrer dans cette vie, de l'embrasser, d'y vivre mes rêves au lieu de la regarder, perché sur une branche séche. Je ne vois plus mon corps qui explose au passage d'un train, je ne m'endors plus en pensées dans une clairiére isolée, je ne vois plus mon corps tomber de si haut et tournoyer.

"Partir sans dire adieu" ou plutôt ne pas partir sans dire adieu, c'est un passage de mon petit mot d'invitation au pot de départ auquel je convie quelques collègues. J'en avais envie et pas envie, au lieu de partir en vilain malheureux enveloppé sous une toge noire d'incompréhension je vais m'envoler sur des sourires. J'en ai reçu de jolies attentions d'ailleurs ces jours ci, une belle lettre d'un parent d'élève me remerciant de "la sincérité de mes propos et du mot juste au bon moment", des chocolats et quelques regrets exprimés.

J'aurai vécu l'enfer içi, du harcélement, du mépris, de la grossièreté, des tensions, le fait de côtoyer celle que j'ai aimé comme si ma vie en dépendait et qui en fait est une étrangére qui vit tout tranquillement, comme si de rien n'était, avec mon ex ami le plus proche. Un vrai cauchemard...

Hier soir je suis allé à une soirée où elle était alors que je les boycottais auparavant ces soirées là. Souffrant trop de sa présence pour ne pas me priver à regret de la compagnie de personnes que j'estime. Je suis peu resté car elle m'agaçait, elle occupait tout l'espace pour sur jouer, parler d'elle, d'elle et d'elle. Le fait d'entendre parler de cet appartement où elle vit et où j'ai passé des jours et des jours me paraissait tellement médiocre. Je suis parti bien vite,sans elle je serais resté mais avant avec elle je ne serais pas venu. Je suis parti tout calmement en me disant que ça irait pour aujourd'hui.

J'ai marché au début de la nuit, serein de constater que je n'étais pas triste, pas en colére ni en souffrance, juste désintéressé par ce que j'avais à entendre.

Sur le trajet un type a l'air patibulaire essaie de réparer une voiture télécommandée encadré de deux gamins dont un petit black qui me sourie en me regardant fixement. Je les dépasse et j'entends hurler. Le type me hèle,je me retourne en me demandant quelle crise il me pique. Cela présage l'embrouille stérile du type "pourquoi tu me regardes ?". Il me fixe avec sa tête de méchantset ses sourcils froncés pour me demander tout gentiment si "je sais démarrer ça" car il l'a acheté et "ne sait même pas la démarrer".

Je ris intérieurement, les objets, la mécanique, tout cela m'est étranger, j'ai quatre pieds gauches mon ami rouquin. Je ris car ce devrait pouvoir se lire sur mon visage "je n'ai pas le permis de conduire" ou encore "les notices d'utilisation me torturent".

Je poursuis mon chemin de la nuit, une rue , une riviére, je remonte une autre rue à pic ou des étudiants rient. Je croise une jeune femme vétue de blanc qui redoute tant les regards masculins que je passe dix métres à fixer la direction opposée.

Je ne sais pas démarrer les voitures, je ne sais pas me jeter sous les rails, je n'ai pas sû me construire une vie dorée sur mes blessures et mes grandiloquences mais... Je ne sais pas tout ça mais je ne vais pas partir sans dire adieu. Je sais rédiger des cartons d'invitation ridicules, faire sourire des princesses et parfois transformer les larmes en rire, adoucir la peine ça vaut bien de changer un pneu non?

De tout mes invités de ce pot d'adieu je crois que j'en reverrai bien peu mais je vais partir en disant "je vous aime". Je vais partir en disant merçi. Je vais partir en soulignant le beau qu'il y a eu pendant ces quatres années là à défaut d'avoir su lui donner la place d'honneur au quotidien.Je vais partir en m'appuyant sur ce qu'on a fait de bien et partagé de vibrant.

Partir la tête haute et le coeur qui aime c'est classe non?

partir_sans_dire_adieu_2.doc

Posté par lapin de troie à 22:24 - Commentaires [4] - Permalien [#]

Commentaires sur La classe aux quatres pieds gauches

  • Je sais pas si ça peut te rassurer, car toi tu n'as peut-être pas le permis, mais moi j'en ai qu'une moitié (hé oui, à force de perdre des points...).
    toute ce passage me parait bien triste, et je ne peux m'empêcher de penser à un de mes oncles, qui a fait une tentative de suicide cette semaine. ça fait plus d'un an qu'il fait du yoyo entre le fond du gouffre et une profondeur abyssale non explorée... personne dans la famille sait quoi faire. je l'ai croisé il y a quelques jours, en faisant du vélo, il avait l'air bien. il allait partir, sans dire adieu...
    ce sera pas pour ce coup-ci non plus.

    Posté par seb le putois, 24 juin 2006 à 01:26 | | Répondre
  • Où est mon dictionnaire?

    Abyssale ou plutôt c'est un de mes mots préférés ( euh on dit pas abyssinale d'ailleurs?) Monsieur Putois et c'est sans doute d'avoir des trucs préférés qui fait réaliser qu'il y a plein de raisons de rester. J'espére que ton oncle va lever la tête...

    Posté par Le chevalier, 24 juin 2006 à 08:35 | | Répondre
  • Ne me quitte pas

    Je te découvre à peine...
    Tu as tant de cadeaux à offrir et à recevoir...
    Bises sucrées d'une Mirabelle rougie de se voir référencée dans tes colonnes...Merci.

    Posté par Mirabelle, 25 juin 2006 à 22:46 | | Répondre
  • Mirabelle

    Sourire, ravis de te lire içi. Le rouge est une jolie couleur, j'ai vécu du beau aujourd'hui avec une demoiselle charmante. A chaque fois qu'elle me disait rougir ( sa peau noire le dissimulait fort bien), magnifique sourire à l'appui, je fondais davantage.

    Offrir, un mot magnifique, si tu aimes les cadeaux..à toi

    Posté par Le chevalier, 25 juin 2006 à 23:12 | | Répondre
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