03 septembre 2006

Pélerinage

pelerin

Une histoire de garges normalement ça a quatre ans puisque cela fait quatres ans que je n'y avais pas mis les pieds. D'ailleurs je n'y ais toujours pas mis les pieds mais quand même posé les roues.

Une journée où ma gueule est sale, ma barbe antipathique, mes cheveux sans forme pleurnichent pour être caressés par des ciseaux et j'ai l'optimisme d'un condamné à mort ou d'un suicidaire condamné à vivre. N'écoutant que mon courage je fuis ces tendances négatives à me hissant sur mon destrier: un vélo rouge robuste et conquérant.

Pas de départ vers l'inconnu mais un repérage du trajet jusqu'au parc de la courneuve dans l'idée d'y aller courir régulièrement. Une dizaine de minutes de pédalage, qui me permettent de croiser une "allée des postillons" au nom curieux, et me voilà face à une madelaine de proust sur plusieurs hectares.

Dans ce grand parc j'ai couru régulièrement dans une autre vie éloignée de quelques années. L'heureuse surprise c'est que de mon nouveau chez moi je débouche sur l'endroit où j'ai couru avant. La courneuve c'est un coin de vert entre le gris des immeubles, un coin de vert valonné aux lacs artificiels où les gens traînent, mangent, s'embrassent.

J'y file et bien vite l'idée voit jour de revoir Garges. Tout à un goût délicieux de déjà vu, ce lac, ces pentes, ces ponts, la voie de chemin de fer. Je pédale, m'essoufle avec l'envie de rire. Mes jambes me portent et me voilà déjà sortant du parc, mauvaise sortie, je suis à Dugny, là où je crois avoir déménagé un collègue d'autrefois. L'effort continue et me voilà déjà récompensé par un parterre de fleurs où est écrit : "garges les gonesses".

p_lerinage

Emotion et impatience, mon ami rouge me fait avancer le long d'une route fleurie de catalogues Ikea tombés de je ne sais où. J'opte pour le panneau "les doucettes" me conduisant au quartier où j'ai vécu. Je dépasse un marchand d'électro ménager d'où vient mon frigo et me voilà dans cet endroit aux facades si particulières. Les immeubles sont plus petits qu'ailleurs avec des pierres sur les facades grises. C'est d'une de ces maisons que karim était venu me dire sa colère aprés être sorti du commissariat suite à une "histoire" liée au lycée. Il tenait encore ses lacets entre ses mains et m'avait raconté l'interpellation à l'aube et les cris de sa mère bousculée par les policiers.

J'atteinds le rond point face au centre commercial sordide où les gamins trainaient souvent; Ils ont grandis mes élèves , je suppose que je n'en verrai pas dans la rue. Ils avaient 17 ou 18 ans, parfois plus, ils doivent être pères de famille maintenant alors que moi je circule à vélo avec la dextérité d'un conducteur manchot.

Je ralentis devant ce lycée où j'ai explosé. Je  fixe ce lieu où une histoire entre mon amie d'alors et moi tenait du masochisme mutuel tant on s'est fait mal. Je me suis enfermé dans le travail entre ces murs là avec passion et destruction. Je me demande un instant si les gamins sont toujours en souffrance ici et poussés vers le pire d'eux même, si il y a toujours douze pour cent de réussite en BEP carosserie, beaucoup de questions dont je connais malheureusement les réponses.

Clic clac j'avance à nouveau, une maison de quartier a été construite là où je n'avais vu que des travaux en suspens. J'arrive dans un autre quartier "la cité des indous", est ce que le médecin asiat reçoit toujours dans cet appartement du sixième transformé en cabinet?

Les petits blacks qui jouent au foot avec un simili ballon étaient à peine nés quand je suis parti. parmi les plus grands l'un m'adresse un sourire, je crois reconnaître un gamin du lycée, ce n'était pas un des "miens" et pourtant je crois qu'il a crié mon nom aprés mon passage. Mon égo resplendit.

Arrivée devant la gare et marche arrière, retour vers le parc. j'emprunte trés exactement le trajet que je faisais à pied, des noms et des visages continuent de revenir sur le trajet, au compte gouttes ils m'accompagnent. Que sont devenus Mourad, adnane et tous les autres gargeois?

Je glisse entre deux roches qui interdisent l'accés aux voitures dans cette rue derrière les entrepots, là où je passais en courant avant d'escaler une grille toujours obstinément fermée.

Je quitte Garges, réintégre le parc, il a de magique qu'au bout de quelques dizaines de métres l'on s'enfonce et l'on ne voit plus que du vert, les immeubles sont masqués en un trompe l'oeil délicat. Je quitte garges et je l'ai retrouvé, le ventre plein de madelaines de banlieue je pédale doucement maintenant, sereinement.

Posté par lapin de troie à 22:09 - - Commentaires [1] - Permalien [#]

Commentaires sur Pélerinage

  • sereinement

    contente. pour Toi. sucre, sur mes baisers que je t'envoi.

    Posté par Mirabelle, 06 septembre 2006 à 00:18 | | Répondre
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